👩🏻🧕🏽MOIS #3 - Oeuvre pour l'exposition féministe 👩🏾‍🦱👳🏼‍♀️

Dans le cadre de l'exposition féministe de Béatrice Monfette, je vous présente une oeuvre dont je suis EXTRÊMEMENT FIÈRE pour le 3e mois du projet photo pour les femmes. (C'est tout nouveau pour moi le genre de graphisme/dessin, soyez indulgents haha!) Voici le texte qui accompagnait le tout.

D’où viens-tu?

L’égalité et l’équité entre les homme blancs et les femmes blanches ne suffit pas ; on doit intégrer bien plus que ça, d’où le concept d’intersectionnalité. Celui-ci a pour but de prendre en considération la pluralité des oppressions. 

Il nous faut ainsi envisager chaque lutte contre toutes discriminations, qu’elles soient genrées, raciales, économiques, sociales, sexuelles ou ethniques. Effectivement, la justice sociale n’est pas uniquement synonyme de lutte féministe, mais elle intègre également la nécessité de parvenir à l'égalité et à l'équité dans un même société, et ce grâce à la reconnaissance de la diversité identitaire. 

De même, le féminisme intersectionnel remet en question l’idée de privilèges. Tout privilège implique que pour plusieurs personnes, il n’y a non seulement pas d’avantages, mais surtout qu’il y a une différence négative qui peut prendre la forme d’une injustice, d’une oppression ou d’une violence. Être privilégié n’est qu’un hasard, on naît avec ces avantages, mais cela nous définit tout au long de notre vie. Les formes d’oppression vécues sont déterminées par les privilèges que nous n’avons pas choisis et que nous ne contrôlons pas. Dans la lutte féministe, nous oublions souvent qu’être une femme blanche est un privilège par rapport aux autres femmes. Par exemple, pour une femme racisée, les oppressions se multiplient.

Dans cette oeuvre, j’ai choisi d’aborder la thématique des minorités visibles sous une optique intersectionnelle puisque c’est une lutte qui me touche particulièrement, étant moi-même chinoise et québécoise. Malheureusement, ce ne sont pas toutes les minorités visibles qui sont présentées, notamment les femmes autochtones et sud-asiatiques. J’ai eu de la difficulté à rejoindre des femmes de toutes les minorités visibles malgré mes efforts. Également, la représentation des différents groupes de minorités visibles n’est pas proportionnelle à la réalité québécoise. Les 10 femmes avec qui j’ai eu la chance de travailler et discuter sont toutes celles qui m’ont démontré un intérêt envers ce projet. Ne voulant moi-même pas créer de nouvelles discriminations, j’ai opté pour une oeuvre non-représentative, mais plus inclusive. C’est grâce à l’ouverture de ces femmes par rapport à leur situation que j’ai pu réaliser cette oeuvre. Ce n’est qu’un petit morceau de tout ce qu’elles vivent. 

Les couleurs associés aux femmes dans l’oeuvre ont été choisies en voulant pointer du doigt les catégorisations que nous faisons inconsciemment. Nous avons souvent tendance à classer les gens différents de nous parce que nous n’aimons pas l'ambiguïté, comme une des femmes du projet me l’a fait remarqué. Au final, chaque personne a sa propre couleur et décide de porter celle qu’elle veut au moment qu’elle veut. Ce n’est pas aux autres d’essayer de deviner à quel(s) groupe(s) s’identifie chaque personne. 

Est-ce vraiment plus important de demander d’où qu’on vient avant de demander qui sommes-nous? On veut vous raconter notre histoire, mais on ne veut pas que vous essayez de le faire pour nous. Les féministes viennent de partout et ont toutes les couleurs du monde. La lutte féministe doit se faire pour toutes les femmes, peu importe d’où elles viennent. 

Merci d'avoir pris le temps de lire ce long texte, ces images et les histoire de ces femmes 💛

Portrait de chacune des femmes

Flavia Ciafré, vénézuélienne

« J'ai l'impression que les gens ont des idées préconçues par rapport à moi. Lorsque les gens interagissent avec moi, il en a qui vont projeter leurs préjugés ou stéréotypes préconçus en lien au groupe ethnique que j'appartiens, tel que des suppositions de mon pays d'origine, des coutumes, etc. qui sont très souvent fausses, puisque quoique que la culture latine soit en soi caractérisée par la colonisation et le mélange amérindien, chaque pays est unique en soi. » 

Léa Lagier, martiniquaise

« En réalité je pense que les gens (non-noirs) me voient souvent comme une noire "acceptable". Selon leurs standards, je suis pas trop foncée, je parle un bon français (un bon anglais aussi), mes cheveux sont assez fins, comme mon corps d'ailleurs...en bref on va me trouver désirable, gentille, fréquentable pour une noire. » 

Sharmine Vally, indienne

« Depuis que je porte le voile j’ai remarqué que les gens me regardent beaucoup trop. Puis dans les magasins et tout, on me surveille constamment comme si j’allais voler quelque chose donc c’est un peu chiant surtout que certaines personnes font beaucoup d’amalgame et puis l’islam en ce moment est très visés, mais sinon j’aime bien le porter, car c’est une partie de mon identité, je me sens bien avec. »

Roxanne Leduc, québécoise & chinoise

« Par exemple, la question "D'où viens-tu? Quelle est ton origine?" provenant de purs inconnus dans le métro, à l'épicerie ou lors d'événements et d'occasions (partys, etc.) est la plus fréquente. On tente même d'essayer de deviner mon origine, comme si c'était un jeu et que cela ne me dérangeait pas de me faire épier de la tête aux pieds par des gens ne se mêlant pas de leurs affaires: "Ah oui... toi, tu es des Philippines! Non, de la Thaïlande! Du Cambodge? Du Laos? Du Vietnam?" en passant par toute la carte des pays d'Asie. Les êtres humains, décidément, n'aiment pas l'ambiguïté.»

Cyndee Charles, haïtienne

« Je ne devrais pas rester au soleil aussi longtemps sinon je deviendrais "Charbon" (très foncée) et donc non désirable - ironiquement ce ne sont que des personnes noires qui m'ont dit ça - ce qui renforce la discrimination entre les 'teintes" de noir. »

Ghita Aguenaou, berbère du Maroc

« Sachant que je ne suis pas Arabe, mais qu'on me met dans le même panier car je suis maghrébine, il est quand même difficile de savoir comment réagir à ces commentaires. Je ne suis pas très typée, mais mon nom est assez unique pour susciter des commentaires ou des questions. La majorité de ma vie, j'ai dû corriger des gens quand à la prononciation de mon prénom, et je me suis même fait contredire plusieurs fois, j'imagine qu'en tant que femme je ne sais pas moi-même comment prononcer mon prénom..(à lire avec beaucoup de sarcasme). Quand j'explique aux gens que je suis Berbère, beaucoup d'entre eux n'ont jamais entendu parler de nous (notre histoire a volontairement été écartée), donc je dois leur faire comprendre que être Marocain ce n'est pas être Arabe, et qu'il y a d'autres cultures, religions et langues au sein de ce même pays, comme tant d'autres. »

Nafisa Husein, canadienne et somalienne

« Je suis musulmane. Je reçois beaucoup de commentaires en lien avec ma pratique. Parfois c'est des petites questions toutes simples histoire de connaitre un peu plus sur l'islam, mais des fois ça devient un peu inconfortable! Je ne suis pas une extraterrestre. »

Myriam Vilain, haïtienne & canadienne

« C'est particulier, mais à mes yeux être métisse c'est de ne pas avoir réellement une appartenance à un groupe, tous en appartenant à une multitude de groupe. »

Safi Nsiempba, camerouno-canadienne

« Un jour, à une entrevue, l'interviewer m'a dit que je m'exprimais mieux que ce à quoi il s'attendait. Je me suis demandée pourquoi il était surpris. Était-ce parce que je suis une femme articulée? ou parce que je suis noire? Ça s'est confirmé quand il m'a dit " tu es éduquée pour une personne de ta condition". »

Léonie Larocque, québécoise & chinoise

« Je pense que toutes les femmes bénéficient du féminisme, qu'importe de quelle nature il soit, mais que ce n'est cependant pas les mêmes combats que les femmes de minorités visibles, sexuelles, religieuses vivent. »